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Les Rochardières (France):Près de 1 000 structures, puits de mines et galeries,détectées sur 20 000 m2 de terrain

Ici, l'histoire du fer s'éclaire à grande vitesse

Philippe Richard /  Photos : Joël Le Gall

Source - http://www.ouest-france.fr/actu/actuDet_-Ici-l-histoire-du-fer-s-eclaire-a-grande-vitesse-_3639-2101066_actu.Htm

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 Tractopelles et archéologues au travail sur le site des Rochardières, à La Milesse. Grâce aux fouilles préventives, avant le passage du TGV, on en apprend plus sur la manière dont nos ancêtres extrayaient le fer du sous-sol et le travaillait.

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Un vaste espace décapé par les tractopelles. L'ocre terre argileuse est parcourue par un dense entrelacs de chemins plus clairs. « Nous sommes au niveau des galeries de la mine », explique l'archéologue Jean-Yves Langlois. Près de 1 000 structures (oui, 1 000), puits de mines et galeries, ont été détectées sur ces 20 000 m2 de terrain.

Nous sommes sur le site des Rochardières, au nord du Mans. De 500 avant Jésus-Christ jusqu'au XVIe siècle, le minerai de fer a été exploité ici. Les scientifiques se régalent.

Le 15 mai 2017, le TGV pourra aller à pleine vitesse entre Le Mans et Rennes. Les travaux, commencés cet été, seront achevés à l'automne 2016. Les grands aménagements sont toujours une aubaine pour les archéologues. Dans le cadre de la loi sur l'archéologie préventive, c'est l'aménageur (en l'occurrence Eiffage Rail Express), qui paie pour les fouilles. Facture : 25 millions d'euros.

Loïc Dorbec, responsable opérationnel d'Eiffage Rail Express le confirme avec un sourire : « Sur un tel projet, les archéologues espèrent des découvertes importantes. Nous préférons qu'il n'y en ait pas trop. »En tout cas pas de quoi retarder le chantier, ou pire, obliger à modifier le tracé. Les aménageurs évitent soigneusement certains sites bien répertoriés : « On sait, par exemple, qu'il y a une ville gallo-romaine au nord de Tours. Cofiroute en avait tenu compte dans ses tracés. »

Des esclaves ou des paysans ?

Dans la Sarthe, le sujet a été bien anticipé. Dès 2009, l'Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives) a réalisé des diagnostics sur les lieux les plus prometteurs, en réalisant des tranchées à coups de pelleteuses. Au total, sur les 180 km du tracé, une quarantaine de sites seront fouillés (vingt-cinq l'ont déjà été). Une dizaine témoignent de l'intense activité métallurgique en Sarthe, tout particulièrement au nord du Mans. Les travaux de l'A11 et l'A28 avaient déjà fourni des indices. Ils se confirment.

Sur la mine des Rochardières, « l'argile permettait de creuser des galeries non étayées. Elles n'étaient pas très profondes, jusqu'à 4 m maximum. » Les galeries faisaient de 6 à 8 m de long, un mètre de hauteur. Conditions de travail pas vraiment confortables. Pour l'heure, aucun système d'éclairage et aucun outil n'a été trouvé. En fouillant plus précisément certaines galeries, les archéologues espèrent en dénicher ou, tout au moins, mieux connaître l'organisation du travail.

Qui étaient les mineurs des premiers temps ? Des esclaves ou des paysans, comme plus tard ? Triait-on le minerai au fond ou à l'air libre ?

Nolwenn Zaour, spécialiste de paléométallurgie (la métallurgie du passé), a étudié les différents types de fours retrouvés sur les sites d'Aigné, Neuville-sur-Sarthe, la Groirie ou La Milesse. « Des bas fourneaux, utilisés du premier âge du fer (-500 ans av. J.-C.) jusqu'au Moyen Âge. Certains étaient à usage unique, d'autres réutilisables. Les cheminées, s'il y en a, faisaient environ 1,10 m de haut, construites avec des petites briques d'argile modelées à la main, et légèrement séchées. La loupe de fer était sortie du four puis martelée. Mais il ne fallait pas qu'elle soit trop grosse. Au-delà de 10 cm d'arête, impossible de la travailler à la main. » Le plus gros objet à réaliser à l'époque était... le marteau de forgeron (environ 2,8 kg de métal). « On peut penser que la métallurgie était le socle de l'économie locale »conclut Jean-Yves Langlois.

Aux Rochardières, où doit être construit un « saut-de-mouton » destiné à raccorder la LGV à la ligne ordinaire, la météo catastrophique du printemps a fait prendre un mois de retard aux fouilles. Il faudra pourtant qu'elles soient terminées en fin d'été. Le TGV doit passer.